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Bourse sur l’art de l’être et du paraître

Le 22 septembre 2010, la Fondation L’Oréal a décerné pour la troisième année la bourse de recherche intitulée « l’art de l’être et du paraître » à deux jeunes et brillants historiens : Irène Salas et Antoine Roullet.
Cette bourse encourage de jeunes chercheurs en sciences humaines dont les travaux portent sur l’apparence tout en valorisant les fonds documentaires de la Bibliothèque nationale de France. La lauréate, Irène Salas a ainsi été récompensée pour son travail de doctorat intitulé « La Construction du paraître à la Renaissance : les techniques du blanchiment du visage à l’époque moderne et la découverte de la peau au XVIème siècle ». Antoine Roullet a reçu une Mention spéciale pour son travail audacieux sur « Les religieuses et la beauté : la construction d’une apparence contrainte ».

Initié en 2008, ce partenariat avec la Bibliothèque nationale de France fête ses trois ans en beauté puisqu’elle récompense pour la première fois cette année deux chercheurs, spécialistes de l’apparence.
La première bourse avait été décernée en mars 2008 à Sarah Nechtstein, doctorante à l’Université Paris X-Nanterre, dont le projet de recherche Etre propre, sentir bon, paraître élégant» s’appuiuait sur les fonds de la BnF, notamment ceux relatifs à la parfumerie.En 2009, c’est un philosophe et homme de théâtre qui a été distingué : Stéphane Poliakov, ancien élève de l’Ecole normale supérieure pour son projet « L’image sur le visage. Maquillage et grimage de l’acteur en France (XVIIe – XXe siècles)».

Découvrez en image la remise de bourse 2010 à la BnF, et les interviews des lauréats en cliquant sur ce reportage de Terrafemina.

Entrez dans le vif des sujets avec les interviews d'Irène Salas et d'Antoine Roullet.

Irène Salas, chercheur à l’Ehess sur la construction du paraître à la renaissance, les techniques de blanchiment du visage à l’époque moderne et la découverte de la peau au XVIe siècle.

Pourquoi se blanchit-on la peau à la Renaissance ?
Du XVIème au XVIIIème siècle, la blancheur du visage est le fondement des représentations de la beauté. Elle témoigne de la netteté de l’âme, mais elle s’impose aussi comme norme sociale qui exprime la supériorité de la classe oisive, la noblesse. Le blanchiment est donc la pierre angulaire de la culture cosmétique de cette époque. Malheureusement, ces préparations de blanchiment sont souvent dangereuses pour la santé et de plus en plus dénoncées à l’époque.

Comment peut-on prétendre que ces pratiques dangereuses aient permis à la peau de gagner ses lettres de noblesse ?
C’est un paradoxe en effet. Mais la renaissance marque un tournant dans le regard porté sur la peau. Et alors même que l’application de ces produits semble nier l’existence de la peau comme tissu corporel, altérable, elle a peu à peu contribué à rendre possible cette reconnaissance. Par l’intermédiaire du regard critique que les médecins des Lumières portent sur les cosmétiques blanchissants, la peau conquiert un statut de surface vivante. Et au-delà de cette reconnaissance en tant que surface, la peau est aussi reconnue dans son épaisseur



Antoine Roullet:
"Les religieuses et la beauté : la construction d’une apparence contrainte ».

Vous travaillez sur les religieuses et la beauté dans les carmels du XVIème au XVII e siècle, un lieu qu’on imagine comme celui du rejet des apparences par excellence...Oui, de prime abord, le couvent est un lieu qui condamne les apparences et le paraître et qui stigmatise l’attention au corps, l’artifice comme une manipulation hypocrite de soi. C’est en fait un lieu de regards dérobés où chacune cherche dans le regard de l’autre un jugement sur ses façons d’être. Et l’attention au corps, la posture y est d’autant plus importante pour se positionner dans la société du couvent, établir des relations de pouvoir, asseoir une réputation que la parole est bridée.

Quelles formes prennent ces pratiques de « beauté » et cette attention portée au corps ?
D’abord, compte tenu des tenues portées par les religieuses, cette attention est contrainte et réduite aux mains, au visage et aux pieds. Ces contraintes imposent une attention au détail. En signe d’infamie, et pour faire pénitence, on s’arrache les cils, on s’enduit d’ordures, on se salit la peau, on se vêt de tissus bariolés, non en signe d’ostentation, mais comme marque d’infamie et on porte explicitement cilices, croix et couronnes d’épines en signe de pénitence à son infamie.
Curieusement, les pratiques du maquillage mondain de l’époque sont reprises et singées dans ces scènes de mortifications.
A l’inverse, incarner la vertu implique de retrouver un canon de beauté articulé autour de la blancheur candide de la peau et de la roseur des joues, signe de pudeur et de modestie.Dans les deux cas, qu’on les renverse, qu’on les singe ou qu’on les imite, les codes du paraître ne sont pas si éloignés des codes du maquillage mondain de l’époque.

Légende : Irène Salas, lauréate de la bourse de la Fondation L’Oréal surt « l’art de l’être et du paraître » et Antoine Roullet , Prix Spécial du jury, lors de la remise de la bourse, en présence de Bruno Racine, président de la BnF.

Crédit photo : Gil Lefauconnier